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A la pétanque, on ne devient jamais vieux

Un vendredi soir dans le jardin du Café-Restaurant du Thovex à Monthey, 

on taquine le cochonnet, tout en prenant l’apéro. © Yves Leresche

La pétanque est un gage de convivialité. Ce jeu de « cabanon », reconnu comme un sport, saute allégrement la barrière de l’âge.

Exemples à Lausanne et à Monthey où les boules font merveille.

« Pardon, ce n’est pas une plaisanterie, c’est une partie de boules. » Extraite de Fanny, le film intemporel (1932) de Marcel Pagnol, cette réplique donne le ton: la pétanque, c’est du sérieux. Ce n’est pas Marlyse Reymond, présidente du Club lausannois La Pétanque des Marronniers qui dira le contraire : « Nous sommes 40 membres actifs et sympathisants. Nous jouons toute l’année, à raison de deux à trois fois par semaine. Nous participons à des tournois avec d’autres clubs et nous comptons quelques joueurs qui ont leur licence. »

 

Voilà pour le côté face de ce sport qui sera en démonstration aux Jeux olympiques de Paris, en 2024. Côté pile, cet antique jeu de boules, dont le baptême provençal est situé en 1907 à La Ciotat, s’avère récréatif. Et pas qu’un peu, comme chez Marie-Thé, la patronne d’un petit coin de paradis à Monthey. Dans l’arrière-cour de son Café-Restaurant du Thovex, un établissement familial d’un genre en voie de disparition, les amateurs d’apéros aiment taquiner le cochonnet, tandis que les pointeurs ne crachent pas dans le verre de fendant de la semaine. 

 

Celui qui perd paie la tournée

Par beau temps, des dizaines de clients jouent jusqu’à point d’heure sur les deux pistes en gravier de ce jardin hors du temps. Jeunes et moins jeunes, retraités, adolescents, gens d’ici et d’ailleurs, tout ce petit monde fraternise. « La compétition, ils s’en fichent un peu, mais celui qui perd paie la tournée », avertit Marie-Thé. Parmi les fidèles, quelques-uns sont licenciés. « On prend de ces savates quand on joue avec eux », se marre François. « Oui, mais on gagne aussi parfois contre les pros », précise Philippe, la soixantaine, dont le fils de 25 ans s’est aussi mis à la pétanque.

 

Au Club des Marronniers, dans le quartier de la Pontaise, l’esprit de compétition n’est pas antinomique avec le sens de la fête. Pour seulement 5 francs, les membres ont accès à trois parties pour une soirée. Ce qui ne les empêche pas de s’offrir quelques bières. Dans cette enceinte, en marge des installations sportives de Lausanne, on mesure les vertus du jeu de boules : agilité, maintien, détente nerveuse, bien-être. 

 

Cure de jouvence pour les uns, loisir pour les autres, prétexte à sortir de chez soi, on comprend mieux ce que d’aucuns appellent déjà la « thérapie du cochonnet ». A la fois compétitif et familial, la Pétanque des Marronniers  joue pleinement son rôle à Lausanne. Puisse la ville ne pas l’oublier, à l’heure du mégaprojet de quartier Métamorphoses qui verra disparaître le terrain de pétanque. Les autorités n’ont toujours pas répondu à ses membres qui demandent de pouvoir déménager dans un quartier proche. « Après tout, nous sommes une communauté solidaire qui regroupe des personnes autour d’une activité commune où les plus jeunes aident les moins jeunes, rappellent-ils en chœur. Cette mixité sociale, culturelle et générationnelle apporte une plus-value aux habitants du nord de la ville. »

 

A Lausanne, comme à Monthey, l’heure n’est plus aux discussions. Les équipes se sont formées. Les premières boules s’entrechoquent. Une soirée sur la terre loin du bruit et de la fureur.

Textes : Nicolas Verdan

Photos : Yves Leresche


« Du contact humain »

Nono, 66 ans

Pétanque du Café-Restaurant du Thovex, Monthey

« La pétanque, c’est un grand moment à passer avec des amis qui me permet de me débarrasser de tous les problèmes de petits vieux. On pratique l’humour montheysan, on joue, on prend l’apéro. Ici, on tire, on pointe et on « se touche », si je peux dire. Il y a du contact, de l’échange humain, et c’est une manière d’éviter le travers « internet. »


« Vive la compagnie »

Clide Bassez

Club Les Marroniers, Lausanne

« J’adore la pétanque ! Cela fait maintenant trois ans que je m’y suis mise. Je viens du Brésil, et c’est mon mari, Français, qui m’a transmis cette passion. Je suis ici les mardis après-midi et les jeudis soir. J’apprécie autant le jeu que la compagnie. Mes amis disent que je m’améliore tous les jours. Je crois qu’ils ont raison, car je commence à bien jouer. Mes enfants apprennent aussi à connaître la pétanque. »


« Une vraie famille »

Marlyse, 54 ans

Club Les Marroniers, Lausanne

« Au-delà de ce jeu qui nous rassemble, notre club représente une famille. Bien entendu, il y a l’aspect compétition. On veut gagner, faire des résultats. Mais, avec le temps, l’aspect social et relationnel prend de l’importance. La pétanque, ça maintient jeune. Il faut vraiement que le temps soit effroyable pour qu’il n’y ait personne. »


« Pour le plaisir »

Nat, 35 ans

Pétanque du Café-Restaurant du Thovex, Monthey

« Dix ans que je joue et c’est toujours autant un plaisir de rencontrer du monde. Je ne viens pas pour la gagne. Je débarque, je sais qu’il y a un jeu de boules et que je vais m’amuser. La pétanque, c’est un à-côté pour la plupart des habitués de cet endroit. On s’y met quand il fait beau, mais c’est, avant tout, l’occasion de rigoler ensemble. »


« L’ambiance et le jeu »

Amélie, 24 ans

Club Les Marronniers, Lausanne

« J’ai commencé en 2016, je suis nouvelle dans l’équipe. Je jouais à Puidoux, auparavant. J’adore l’ambiance sur le terrain et je viens autant pour l’ambiance que pour le jeu. C’est une façon de changer d’univers, et cela t’évite de passer trop de temps et de faire des bêtises avec d’autres jeunes de ton âge. »


« Se faire du bien »

Alberto, 91 ans

Club Les Marronniers, Lausanne

« Cela fait cinquante ans que je joue régulièrement à la pétanque. Je viens ici, à la Pontaise, mais je joue également dans le quartier du Tunnel, où je tiens les comptes de notre petit club. Pour moi, c’est une manière de se faire du bien, tout en rencontrant du monde. C’est quand même mieux que de regarder la télé. »